MORT AUX CONS

les chroniques de la mauvaise humeur

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Le client est roi (de mes couilles)

Posted by Kuhn sur août 28, 2009

Comme vous ne le savez probablement pas, je bosse dans un grand magasin pour mettre du beurre dans mes épinards. C’est sûrement parce que je n’ai pas encore pris de vacances, mais la routine pèse de plus en plus lourd sur mes frêles épaules chaque matin, lorsqu’il s’agit d’enfiler le costume de pingouin asservi qui me rapporte de quoi vivre à la grand ville. J’ai un peu plus de mal chaque jour à dire « bonjour, comment ça va? moi, ça va! » alors que ce que je pense en vrai c’est « putain de merde, ce monde est si loin du mien, vous ne vous rendez pas compte que je suis un étranger ici?! vous ne vous rendez pas compte que malgré ce que j’affirme chaque jour, eh bien non, ça ne va pas du tout!! » parce que je ne suis désespérément pas dans mon élément, dans un grand magasin. Dans une routine. Mais au delà de ce vague à l’âme qui m’envahit un peu plus chaque jour, il y a une chose dans cet abominable quotidien qui me rend de plus en plus hargneux et hostile à ma propre vie: les clients.

clients

Bon déjà, ils sont généralement très laids, mais ça c’est plutôt tant mieux parce que ça passe le temps, ça me permet de lâcher quelques saloperies. On ne s’imagine pas l’éventail et la variété de tâcherons qu’on peut trouver dans les magasins. Une vraie farandole de l’immondice, un bouquet garni de la laideur, un feu d’artifice de la vilénie…

Mais ce qui me ronge les nerfs, en réalité, c’est de voir à quel point les clients se croient absolument tout permis. Sous pretexte qu’ils lâchent les billets, ça y est c’est la teuf! La politesse n’est qu’un vague souvenir de l’époque où ils étaient civilisés; il leur faut tout, tout de suite et les employés qui leurs font face sont réduits à des automates désincarnés. On ne s’imagine pas à quel point les échanges se limitent à un ou deux noms propres auxquels on appose un approximatif point d’interrogation. « Tax free? », « Toilettes? », « Restaurant/Food? » ne sont que quelques exemples, inlassablement répétés, quotidiennement, le tout multiplié par l’infini.

Les clients atteignent aussi des sommets de connerie. Je ne compte plus les fois où on m’a demandé s’il y avait des toilettes dans le magasin… Dans une surface de plus de 40.000 m², comment peut on imaginer une seule fraction de seconde qu’il n’y ait pas forcément de toilettes?!? Alors du coup, j’ai décidé de répondre aussi connement qu’ils questionnent. Un jour, une cliente m’a demandé « on peut aller aux toilettes? » et j’ai rétorqué « oui, si vous voulez ». Ça l’a surprise, elle n’a pas compris…

Je suis en train de devenir une espèce de pantin, qui débite à longueur de journée la même bouillie d’informations pré-digérées, avec quelques sursauts de cynisme qui n’apportent qu’une satisfaction bien éphémère. Je me ratatine et me laisse ronger par la connerie ambiante, victime impuissante de l’écume des jours et de son lot de connards. Je suis de plus en plus aigri, ça m’a amusé un moment, mais maintenant je dois faire peine à voir. Et j’aime pas trop trop me sentir misérable comme ça.

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